Récit extérieur d’une prise en charge

Situation arrivée et racontée depuis la France mais qui s’applique aussi pour notre Belgique.

“Ma voisine étant tombée, elle m’appelle pour que j’ouvre sa porte d’entrée aux personnels du SAMU. Immobilisée, elle est tombée dans sa cuisine alors qu’elle préparait son petit-déjeuner, et elle est en pyjama très léger (un petit short et un débardeur). Elle est recroquevillée, incapable de bouger, et elle gémit. Elle est donc en grande souffrance, et je comprends d’après l’intervenante du SAMU qu’elle a 22 de tension artérielle, ce qui illustre bien son état de choc. Après quelques questions pour tenter de comprendre ce qu’il s’est passé, le SAMU appelle les pompiers. Et c’est là que, selon moi, l’intervention nécessite témoignage.

Les pompiers débarquent. Ils sont deux, deux hommes entre 30 et 40 ans. Ils parlent très fort, mais pour pas dire grand chose. Ils s’informent très peu de l’état de ma voisine, qui souffre horriblement. D’ailleurs, ils ne lui adressent quasiment pas la parole. Ils ne tentent pas de la rassurer ni quant à son état ni quant à sa prise en charge et la suite des événements. Non, ils se débattent avec un matelas gonflable qu’ils gèrent comme si c’était la première fois. Ils s’adressent à l’intervenante du SAMU en lui disant « Mademoiselle ». Le matériel est défectueux, visiblement, ça ne devrait pas arriver, c’est l’un des deux pompiers qui a commis une erreur de maintenance. En attendant, ma voisine est toujours dénudée sur le sol, sans personne à ses côtés. Elle est tout près de sa porte d’entrée grande ouverte (elle a réussi à y ramper avant d’appeler les secours), dans les courants d’air, sans que ça gène personne.

Ils semblent avoir du mal à gonfler le matelas, qui est au centre de toutes les attentions. C’est là que l’impensable se produit. Pendant 10 minutes, les pompiers enchaineront les analogies pénis / matelas, les remarques grivoises, les connivences et autres private jokes sur le pénis et la virilité de chacun. Ils poufferont de rire pendant tout le reste de l’intervention, penchés sur ma pauvre voisine dénudée, immobilisée, vulnérable, qui doit subir cette attitude absolument inacceptable venant de personnes qui sont censés lui porter secours.
Florilège des remarques que j’entends depuis chez moi : « Dis donc Christophe, quand tu dis « tiens l’embout » ça peut porter à confusion hahahah »; « C’est tout mou j’y peux rien hahaha »; « Je manque de vigueur »; « Ca veut pas durcir »; « Ben alors t’es pas en forme »; et best-of, lorsque la secouriste du SAMU intervient pour les aider « Ah en voilà, dès qu’une femme intervient, ça durcit ». J’en passe, évidemment, parce que ce serait trop long et parce que je bouillonnais tellement que j’étais plus focus sur ma voisine et sur ce que je pouvais faire pour faire cesser ces remarques. Au final, j’ai fini par lâcher un « Mais quelle lourdeur… », ce qu’ils n’ont pas entendu, trop occupés à gueuler leurs conneries.

Voilà pourquoi j’écris aujourd’hui : pour dénoncer le sexisme ordinaire. Même érigés (et formés) en figure d’aidants, de soignants, de secouristes, ces hommes n’ont pas su être professionnels et ont cruellement manqué d’empathie. Je dénonce ces deux points, ainsi que leur attitude paternaliste envers la femme du SAMU. Ce n’est pas la première fois que je subis ou vois d’autres femmes subir ce genre de traits venant d’individus formés pour aider, secourir, servir les citoyens. Ce n’est pas juste regrettable ou désagréable, c’est inacceptable parce que je ne suis pas sûre que si la victime avait été un homme, ils se seraient permis de faire ce cirque.”

N’oubliez pas qu’en intervention, vous n’êtes pas seul et que les gens écoutent, regardent sans savoir ce qu’il se passe.

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