La maltraitance existe aussi en ambulance…

On parle moins en Belgique, la maltraitance de la part des soignants envers les patients. Cela touche la plus part du temps les personnes âgées et cela arrive aussi dans les ambulances.

Maltraitant, nous ? Noooon….

Nous, ambulanciers, sommes aussi, parfois, sans même s’en apercevoir, maltraitants. « Quoi ? Moi ? Certainement pas… Jamais! » Et pourtant.
Nous sommes victimes de plusieurs phénomènes. Le premier, c’est le quotidien. Je serais volontairement cru pour l’expliquer : On charge papy et on le décharge. On sort papy du lit, on le transfert sans le prévenir, sans se soucier de savoir ce qui lui arrive… Bien souvent, il ne sait pas pourquoi. Dans l’ascenseur, on papote avec le binôme de nos vacances, de nos salaires, de ce méchant patron qui est quand même vraiment très méchant.

Et un coup de candy crush

Durant le transport, l’un s’énerve contre tous ces imbéciles qui conduisent mal et klaxonnent, accélèrent, freinent et ré-accélèrent. L’autre tente de battre son record à “candy crush”, le siège en position couchette, les pieds sur le sac de secours et s’agace au téléphone contre bobonne qui n’a pas encore acheté les billets d’avion pour les prochaines vacances ou contre ce salaud de dispatcheur qui veut (toujours) savoir ou nous en sommes. Et puis on décharge papy. On le dépose dans un fauteuil froid, un lit pas fait, une salle d’attente ou papy ne sait pas quoi attendre, à coté d’un autre papy qui ne sait pas non plus ce qu’il fiche la. Et on repart, vite, pour éviter la méchante infirmière qui va (encore) nous exiger les éternelles étiquettes. Et l’on saute sur sa clope. Jusqu’au prochain papy…

Rentabilité et zèle

Le deuxième phénomène, qui sera en rapport direct avec le 3ème, s’appelle la rentabilité, voir le zèle. « Un bon ambulancier est un ambulancier qui fait vite, qui n’est jamais en retard, qui enchaîne un maximum de patients (clients?) dans la journée ». Que le patron le souhaite, pourquoi pas. Quoi que… Mais que le salarié l’applique…! On nous l’a dit en formation, mais on l’a tous oublié dès le lendemain : chaque prise en charge doit être per-so-nna-li-sée! Chaque patient est différent. Chaque pathologie a ses troubles associés. Chaque urgence doit être prise au sérieux. Il n’y a pas de casse-pieds, il n’y a pas d’hypocondriaques, de profiteurs, de malpolies, de mecs bourrés, de migrants Tchétchène qui causent même pas français….

Il n’y a que des patients

Il n’y a que des patients. Qui ont besoin de nous à cet instant. Et qui sommes nous pour juger de leurs besoins du moment ? « Ah, moi, je ne suis pas médecin ». Que je déteste entendre cette phrase !! Certes. Mais tu es ambulancier. Tu l’as voulu, choisi et tu t’es battu à un moment de ta vie pour le devenir. Alors soit le vraiment. Ton travail est très simple : il faut conduire des gens. Ton travail est très compliqué : il faut soigner des gens, que tu ne connais pas la plus part du temps, dans une camionnette !

La conduite et le confort

Le troisième phénomène est, je pense, le plus répandu. Le plus quotidien. Le plus généralisé. Le plus grave peut être. Certes, c’est la faute des écoles de formation (j’accuse!) qui ne l’apprennent que très peu, c’est la faute du patron qui demande plus de rentabilité (voir ci dessus), c’est la faute des autres qui ne savent pas conduire, c’est la faute des routes qui ne sont pas entretenues. C’est pas la mienne. Et pourtant : qui tient le volant, qui a son pied sur les pédales de l’ambulance ? Je veux bien sur parler de la conduite. Avez vous déjà été sur un brancard dur comme du bois, allongé à l’envers de la route, avec une fracture du bassin, une nausée d’enfer ou une bonne lithiase rénales coincée dans le tuyau?

Un transport c’est une épreuve

N’oublions jamais que pour beaucoup de nos patients, le voyage est une épreuve et que chaque coup de frein ou d’accélérateur est une douleur, une peur. Chaque rond point pris trop vite est une souffrance en plus. Nous revendiquons d’être des professionnels de santé mais nous sommes aussi, quoi qu’on en dise, des professionnels de la conduite et cette conduite doit être adaptée à chacune des pathologies que nous avons à bord, que le médecin nous confie. Posons nous la question à chaque patient, à chaque pathologie : comment veut-il que je conduise ? Comment j’aimerai qu »on me conduise ? Le médecin adapte le traitement et ses posologies à chaque patient, en fonction de sa maladie, de son âge, de son poids… Et bien faisons pareil !

Hygiène et nettoyage

Enfin, et j’en aurais fini (bien que je pourrais ne pas en finir et en trouver d’autres) la maltraitance en milieu hospitalier concerne aussi l’hygiène. Un résident en MR/MRS qui n’est pas changé ou lavé durant plusieurs jours, ça existe et c’est de la maltraitance. Et c’est pas beau. J’ai vu pour ma part des ambulances (et des ambulanciers!) pas lavées et pas “changées” pendant… des mois ! Le «pshit» sur le brancard entre chaque patient, au détriment d’une bonne clope, ça vous parle? Le drap et taie jetable changé à chaque patient, le patron vous les fournis 365 jours dans l’année…? Si la réponse est non, vous battez-vous pour les obtenir ? Le mot «désinfection» est bien galvaudé et ce n’est pas une serpillière macérant dans de l’eau croupie qui réglera le problème. Et les tenues de travail, on en parle ? Jeans, baskets, foulard en laine, cheveux pas attachés…

NOSOCOMIALE, ça vous parle?

Ouais, hein. Même que ça tue. Chaque jours. Nous sommes des soignants. « L’ambulance n’est pas un outil de transport mais un outil de soins »
Soigner veut dire « s’occuper de… », tout simplement. Le soins sera mal fait s’il y a précipitation, s’il n’y a pas écoute, dialogue et compassion. Nous serons alors maltraitants.

L’avez-vous déjà été ? Que le premier me jette la pierre…

Bastien B.
Source et texte original : www.ambulancier.fr

1 commentaire pour “La maltraitance existe aussi en ambulance…

  1. Apres avoir parcourir ce texto je valide et apreci bien.je suis du domaine et forme des ambulanciers.Bravo.et courage pour ce noble metier.

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